Phishing et takedown : pourquoi plus aucune organisation n’est épargnée

Une contribution de Benjamin Pourtier, consultant XMCO
Pendant longtemps, le phishing a été perçu comme une menace marginale, réservée aux grandes entreprises ou aux acteurs les plus exposés. Cette vision ne correspond plus à la réalité. Aujourd’hui, toutes les organisations sont concernées : PME, collectivités, groupes internationaux, hôpitaux, acteurs de l’énergie, de la distribution ou encore du tourisme. La question n’est plus de savoir si une organisation sera touchée, mais quand.
Un scénario désormais bien rodé
Les attaques de phishing suivent presque toujours le même schéma. Un nom de domaine imitant une marque légitime est enregistré, souvent via des techniques de typosquatting. Une page frauduleuse, copiée à l’identique d’un site officiel, est ensuite mise en ligne. Enfin, une campagne de diffusion est lancée : e-mails, SMS, messages sur les réseaux sociaux.
Le résultat est connu : des victimes trompées, des données personnelles ou professionnelles volées, des paiements détournés.
Les exemples se multiplient et se ressemblent : demandes de paiement pour de faux frais de douane, faux procès-verbaux ou QR codes menant vers des sites frauduleux, messages invitant à renouveler une carte vitale, à débloquer un compte ou à valider un remboursement. Ces scénarios s’inscrivent dans le quotidien des utilisateurs, ce qui les rend d’autant plus crédibles.
Toutes ces attaques ont un point commun : elles exploitent la confiance accordée à une marque, une institution ou un service du quotidien. Et même lorsque l’entreprise n’est pas directement responsable, c’est elle qui en subit les conséquences.
Continuer à aborder le phishing comme un simple problème de vigilance individuelle revient à passer à côté de sa réalité profonde. Le réflexe consistant à dire « il ne fallait pas cliquer » est non seulement réducteur, mais contre-productif. Le phishing n’est plus une arnaque opportuniste : il s’est imposé comme une infrastructure criminelle à part entière, industrialisée, professionnalisée et durable. Il alimente aujourd’hui l’ensemble de la chaîne cybercriminelle, des fraudes financières aux vols de données, des compromissions de comptes aux rançongiciels, et jusqu’à certaines opérations d’espionnage.
S’il demeure année après année la première menace cyber en France, ce n’est pas parce que les victimes seraient naïves, mais parce que le modèle est structurellement efficace. Le phishing exploite à grande échelle la confiance dans les services publics, la peur des sanctions, l’urgence administrative et la surcharge informationnelle du quotidien. Décliné sous de multiples formes : e-mails, SMS, appels téléphoniques, QR codes ou faux supports techniques, il constitue souvent le premier maillon d’attaques complexes, bien loin de l’image d’une escroquerie « bas de gamme ». Les victimes ne sont pas irrationnelles : elles doutent, vérifient, hésitent. C’est précisément cette crédibilité du réel, associée à un écosystème criminel structuré (kits de phishing, revente de données, monétisation des accès), qui fait du phishing non pas une faiblesse humaine à corriger, mais une industrie criminelle à combattre.
Un risque double : entacher la notoriété et le business
Lorsqu’une marque est usurpée, l’impact dépasse largement le cadre technique. Les répercussions se font sentir dans les médias, sur les réseaux sociaux, mais aussi à travers l’afflux d’appels vers les services clients. Perte de confiance, surcharge des équipes, dégradation de la relation client, impacts commerciaux durables : une seule campagne de phishing peut suffire à fragiliser significativement une organisation.
Le rôle clé, et sous-éstimé, du takedown
C’est précisément à ce stade que le takedown joue un rôle déterminant.
Le takedown n’est pas une action triviale : il s’agit d’une démarche structurée, technique et procédurale, qui vise à faire fermer ou suspendre des sites, noms de domaine ou contenus frauduleux actifs sur Internet.
Dans la pratique, ce processus implique la coordination avec plusieurs acteurs clés de l’écosystème numérique. Lorsqu’un nom de domaine utilisé à des fins malveillantes est identifié, il existe deux voies principales pour l’interrompre : soit en s’adressant directement au bureau d’enregistrement, afin que soit retiré ou dissocié le nom de domaine de son adresse IP, rendant ainsi le site inaccessible ; soit en contactant l’hébergeur du contenu pour obtenir la suppression du matériel frauduleux mis en ligne.
Cette démarche requiert une compréhension précise des procédures et des interlocuteurs impliqués, car chaque registrar (bureau d’enregistrement) et chaque hébergeur applique ses propres règles, formats de signalement et délais de traitement.
Démarrer une action de takedown sans preuves d’abus claires ou sans savoir qui contacter revient souvent à une demande inefficace. C’est pourquoi une approche organisée, capable de produire des éléments démontrant le caractère malveillant d’un site, de cibler les bons services « abuse » des registres ou des hébergeurs, et de suivre ces demandes jusqu’à leur aboutissement, est essentielle pour réduire significativement la durée de vie des infrastructures frauduleuses et limiter l’impact des campagnes de phishing.
Le phishing n’est plus seulement un sujet de cybersécurité. Il est devenu un enjeu de confiance, de réputation et de responsabilité vis-à-vis des clients, des utilisateurs et des partenaires. Dans un contexte où les attaques se multiplient et se banalisent, anticiper, détecter et réagir rapidement n’est plus une option.
C’est désormais une condition essentielle pour protéger durablement son image, sa relation client et son activité.
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