Cybersécurité : la résilience, nouvel avantage compétitif des entreprises françaises

Par Damien Gbiorczyk, expert en cyber-résilience chez Illumio
Pendant longtemps, la cybersécurité s’est construite autour d’une promesse implicite : celle de pouvoir empêcher les attaques. Les entreprises ont multiplié les dispositifs de protection pare-feux, antivirus, systèmes de détection dans une logique essentiellement défensive. Cette approche, héritée d’un monde informatique cloisonné, visait avant tout à empêcher l’intrusion.
Mais cette promesse ne tient plus face à la réalité économique. En 2024, près de 65 % des entreprises françaises ont subi au moins un incident cyber, selon Cybermalveillance.gouv. La même année, l’ANSSI a observé une hausse de plus de 30 % des attaques par rançongiciel, touchant désormais massivement les PME et les collectivités locales. La cybermenace n’est plus marginale : elle est devenue structurelle.
Une vulnérabilité qui dépasse la sphère IT
La cybercriminalité s’est industrialisée. Les attaquants ne ciblent plus uniquement les grands groupes, mais exploitent les failles de l’ensemble des chaînes de valeur : fournisseurs, sous-traitants, partenaires, acteurs publics. Dans ce contexte, les stratégies de sécurité centrées sur le périmètre montrent leurs limites. Les attaques sont plus discrètes, capables de se déplacer à l’intérieur des systèmes d’information.
Une étude récente indique que neuf organisations sur dix ont déjà subi un incident impliquant un mouvement latéral [1] : une fois infiltré, l’attaquant progresse silencieusement jusqu’aux actifs les plus critiques. Cette réalité impose un constat clair : la prévention, à elle seule, ne suffit plus.
De la protection à la résilience
Le rôle de la cybersécurité est de garantir que les entreprises puissent continuer à fonctionner même lorsqu’elles sont victimes d’une attaque. C’est le principe de la cyber- résilience : la capacité à contenir un incident, à maintenir les activités critiques et à se rétablir rapidement. Longtemps perçue comme un sujet technique, la résilience devient un enjeu de gouvernance.
Le changement est culturel. La question n’est plus « comment éviter toute attaque ? », mais « comment éviter qu’une attaque ne mette l’entreprise à l’arrêt ? ». Cette approche transforme la gestion du risque cyber en levier stratégique, au même titre que le risque financier ou opérationnel.
Un facteur direct de performance économique
Les entreprises résilientes réduisent significativement l’impact économique des incidents. Elles limitent les interruptions d’activité, protègent leur image et conservent la confiance de leurs clients et partenaires. Dans une économie où la continuité d’activité est un facteur clé de compétitivité, une interruption prolongée peut coûter bien plus cher que l’attaque elle-même.
La résilience repose sur des leviers concrets : identification des systèmes critiques, segmentation des réseaux, visibilité sur les flux internes, plans de continuité régulièrement testés, coordination entre directions générales, IT et métiers. Les organisations les plus matures parviennent ainsi à réduire drastiquement leur temps de reprise après incident.
Un enjeu de compétitivité et de souveraineté
La résilience cyber dépasse aujourd’hui le cadre de l’entreprise. La vulnérabilité d’un acteur fragilise tout un écosystème économique. Une attaque réussie sur un fournisseur stratégique peut interrompre une chaîne de production, perturber des exportations ou déstabiliser un marché.
Les réglementations européennes, NIS2, DORA, directive CER, traduisent cette prise de conscience. Leur objectif n’est pas seulement la conformité, mais le renforcement de la capacité de résistance de l’économie européenne face à des menaces désormais structurelles.
Investir autrement dans la cybersécurité
Le rapport NIS Investments 2025 de l’ENISA montre une hausse significative des investissements cyber en Europe, largement tirée par les exigences réglementaires. Mais l’agence alerte sur le caractère encore trop réactif de ces dépenses, souvent motivées par la conformité plus que par une stratégie globale de résilience.
Investir en cybersécurité ne consiste pas à empiler des outils, mais à aligner les priorités avec les risques réels. La cyber-résilience ne vient pas de la technologie seule, mais de l’architecture, de la gouvernance et de la capacité à transformer l’investissement en réduction mesurable du risque.
La résilience, un signal fort pour les marchés
La cybersécurité ne peut plus être cantonnée aux équipes techniques. Comme la gestion financière ou les critères environnementaux, elle relève désormais de la gouvernance d’entreprise. Les dirigeants ont un rôle central à jouer pour intégrer le risque cyber à la stratégie globale et à la création de valeur.
Pour les investisseurs, la résilience cyber devient un indicateur clé de solidité opérationnelle et de capacité à absorber les chocs. Dans un environnement économique instable, les entreprises capables de maintenir leur activité face à une crise numérique envoient un signal clair aux marchés : celui d’une croissance plus robuste, plus durable et mieux maîtrisée.
Car demain, ce ne sera pas l’absence d’incident qui distinguera les entreprises performantes, mais leur capacité à y résister sans interrompre la création de valeur.
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