Souveraineté numérique : quels enjeux pour la feuille de route du gouvernement à l’horizon 2025 ?

En septembre dernier, l’inauguration du nouveau bâtiment de 1700 m2 d’OVHcloud vient symboliquement marquer une nouvelle étape politique dans la stratégie de souveraineté numérique de l’Europe. Un nouveau comité stratégique de filière (CSF) intitulé « Numérique de confiance » vient même de voir le jour pour encourager l’offre française face aux solutions américaines.

Une série de mesures de soutien à l’écosystème français du cloud

Il est vrai qu’il était temps pour le gouvernement de marquer son soutien à notre chère souveraineté, lorsqu’il y a peu le large projet d’hébergement des données de santé des français était confié à Microsoft, que Renault choisissait Google Cloud pour la sécurité de ses données industrielles ou plus récemment, lorsqu’à la fin de l’année 2021, la SNCF annonçait avoir choisi le Cloud d’Amazon pour l’hébergement de la quasi-totalité de ses 7000 serveurs physiques et virtuels et 250 applications de son usine digitale. Un revirement qui a même de quoi en étonner plus d’un.

« Pour retrouver sa souveraineté numérique, la France doit valoriser tout l’écosystème mais aussi, et surtout, ses éditeurs de solutions logicielles. Et, à plus court terme, elle doit protéger l’émergence de solutions souveraines ou de confiance car les données traitées sont la véritable valeur des entreprises et des citoyens » selon Eric Houdet, Vice-président sales et marketing chez Quarkslab.

D’autres mesures devraient être annoncées dans les prochaines semaines, notamment autour du futur schéma de certification européen. Cette nouvelle législation inclurait de fortes exigences en matière de souveraineté numérique. Après les difficultés rencontrées par le projet GAIA-X, la filière attend avec impatience les mesures pour une UE indépendante des prestataires étrangers.

La pandémie nous a montré à quel point le numérique était un enjeu vital pour la résilience de notre économie, mais également à quel point nous en étions dépendants. La France est une puissance mondiale, et cela depuis la révolution industrielle du début du XXe siècle. « Mais nous avons manqué, il y a déjà bien longtemps, le virage de la révolution du numérique sur laquelle les États-Unis et la Chine se sont de leur côté très bien positionnés » selon Georges Lotigier, PDG de Vade.

Quelle politique industrielle pour la France et l’Europe ?

1000 licornes en 2030. C’est l’objectif du nouveau ministre délégué au Numérique.

Avec six fois plus de fonds levés en un an, 160 start-up françaises cyber, soit 10 de plus en un an, selon la dernière édition du radar des start-up françaises de la cybersécurité réalisé par Wavestone, l’objectif est-il atteignable ? Le dynamisme des startups n’est plus à prouver et les entrepreneurs français brillent par leur capacité à innover sur différents sujets de la cybersécurité. Les levées de fonds des start-up européennes ont atteint un nouveau record en 2021, avec près de 2 milliards d’euros. Mais celles-ci sont encore loin derrière les Etats-Unis, avec plus de 17 milliards. 

La création du poste de Secrétaire d’État à la Cybersécurité vise à favoriser l’écosystème et créer un véritable cercle vertueux voire une consolidation du secteur. Cette nouvelle fonction peut encourager les commandes et signatures de contrats avec des éditeurs français, inciter à une consommation locale du numérique et ainsi booster l’économie. Une PME ou un hôpital qui choisit une solution cyber française profite à tous car la société éditrice de cette solution va payer ses impôts en France, va payer les salaires de ses collaborateurs, qui eux-mêmes vont consommer majoritairement local … Cependant, le marché des solutions françaises n’est que résiduel. « Nous sommes trop prudents et perfectionnistes et vraiment trop frileux dans les notions de marketing et ou de packaging comparé aux Américains. Nous n’avons clairement pas à rougir devant les produits étrangers mais juste à oser. Aussi, il est temps de mettre fin à l’exode de nos ingénieurs et commerciaux. Si l’enseignement est de très bon niveau nous allons cruellement manquer de main d’œuvre dans les années à venir. Il est l’heure d’attirer et de fidéliser » ajoute Eric Houdet, Quarkslab.

De son côté, Georges Lotigier, Vade lance un appel : « Plusieurs grands fonds d’investissement de croissance devraient être spécialisés dans la cybersécurité et la Deep Tech des infrastructures IT et capables d’investir de 50 millions à 200 millions d’euros dans des sociétés de croissance qui ne sont pas encore à l’équilibre car en conquête de marché ». 

L’élargissement de la fonction de Bruno Lemaire va dans le bon sens. L’un des objectifs est de développer le tissu industriel français, qui est un levier formidable de croissance. Encore faut-il le faire de façon pérenne.

A moyen terme, pour retrouver la souveraineté numérique, il est donc clé de développer les éditeurs de solutions logicielles français et européens. Et, à plus court terme, il faut protéger la data avec des solutions souveraines ou de confiance, c’est une priorité : la data est maintenant la véritable valeur des entreprises françaises.

Le point de vue des experts cyber

Georges Lotigier, Vade« Il faut améliorer l’accès à la commande publique aux scale-up stratégiques et faciliter l’exit en Europe »

Zeina Zakhour, Atos « La souveraineté numérique est vitale pour que les organisations – qu’elles soient publiques ou privées – conservent le contrôle de leur environnement numérique, données, applications, logiciels et hardware. Pour faire de cette souveraineté une réalité, nous avons besoin d’une politique industrielle cohérente et ambitieuse. Celle-ci doit porter de forts investissements en R&D, mais aussi accélérer l’industrialisation des solutions de cybersécurité et développer les normes, certifications, réglementations nécessaires aux besoins de souveraineté. »

Eric Houdet, Quarkslab« Le poste de Secrétaire d’Etat à la cybersécurité verra-t-il enfin le jour ? »

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